Pour accompagner - Arts Plastiques / Académie de Normandie

Qu’est-ce qu’un tuteur ?

Le tuteur est un professeur expert qui transmet des compétences à un professeur néophyte.

« J’ai pu facilement échanger avec Mr XXX. Dès la pré-rentrée après contact téléphonique, nous nous sommes rencontrés dans mon établissement pour discuter sur la mise en place d’une rentrée et sur les premières séquences qu’il souhaitait proposer aux élèves.… Nous avons convenu ensemble "d’un discours de rentrée" pour expliquer le cadre et les règles à ses élèves ».
Extrait de compte-rendu d’un professeur tuteur à l’IA-IPR

Quel que soit l’enjeu organisationnel (tutorat d’un FSTG ou d’un professeur contractuel débutant), le tutorat est un levier d’action pour apporter des réponses (« quelques bonnes recettes », outils, astuces, partages d’expériences…) mais aussi pour accompagner un changement, une évolution, dans un contexte institutionnel et d’établissement donné.

« Mon tutorat encadré par madame XX s’est bien passé. Il fut très bénéfique pour moi. Je la remercie du temps qu’elle a pu me consacrer et de son professionnalisme. Elle s’est montrée très disponible et bienveillante. Cela a été enrichissant de voir comment la matière est enseignée par un autre collègue, dans un autre collège avec des élèves différents et une organisation différente. Madame XX m’a apporté des conseils concernant la construction de ces séquences et le déroulé d’un cours. Je me suis surtout rendu compte que les temps d’échange avec la classe était très important pour les élèves, je vais donc organiser mes séances pour leur laisser plus de place maintenant. »
Extrait de mail d’un professeur tutoré à l’IA-IPR

L’exercice engage le tuteur dans une nouvelle dynamique d’évolution des compétences professionnelles, puisqu’il expérimente de nouveaux schémas d’action : voir, observer et penser les pratiques professionnelles, didactiques et pédagogiques, d’un tiers. Le professeur tuteur développe des capacités à produire / accompagner des changements en situation de cours, au sein de la classe. Cet exercice a un effet de réciprocité : il permet d’instaurer les conditions possibles d’une « reproduction » des bonnes pratiques, tout en modifiant, en agissant sur les compétences du professeur tuteur.

« Les premiers échanges, les outils déjà créés, la remise en question pédagogiques témoignent d’une très bonne prise de fonction. Je n’ai aucun doute sur l’évolution positive à ce jour de Mme XX. Nous allons maintenant pouvoir travailler sur la didactique ainsi que sur la réalisation d’une progression par niveau au moment de la pause automnale. »
Extrait d’un premier compte-rendu d’un professeur tuteur à l’IA-IPR.

« Nous allons maintenant pouvoir travailler » témoigne ici de la réciprocité de l’échange sur des points particuliers, ici « la didactique » et « la progressivité », dans un travail de liaison autour de problèmes à résoudre. C’est en cela que le tutorat, comme pratique d’analyse de pratique, contribue à la professionnalisation du professeur tuteur.

LES ACTIONS DU TUTORAT SUR LES PRATIQUES PROFESSIONNELLES

L’exercice du tutorat transforme à la fois les pratiques d’enseignement du tuteur et celles du tutoré

Quelles fonctions du tutorat ?

Le tutorat remplit plusieurs fonctions, de formation et/ou de transformation. Ses enjeux sont les suivants :

• Accompagner
• Transmettre
• Assurer l’ancrage aux programmes et attendus institutionnels
• Répondre à l’évolution du métier (référentiel du métier)
• Interroger certains stéréotypes (sur le métier, sur la discipline, « un bon cours »)
• Anticiper / accompagner les changements de compétences (disciplinaires et transversales)
• Veiller à la posture de référent adulte responsable et au positionnement éthique

Quelles formes du tutorat ?

L’exercice du tutorat recouvre des formes de fonctionnement diverses. Il peut consister à « transmettre » des pratiques existantes et/ou « accompagner » des changements ou évolutions de pratique. Il nécessite d’être formalisé :

• Définition des rôles
• Statut du tuteur (tuteur métier, tuteur terrain, tuteur de proximité)
• Formation des tuteurs (formation académique INSPE, rectorale, transversale, disciplinaire)
• Temps d’échanges ou partages d’outils (ex : support numérique collaboratif)

Le tutorat permet, dans un premier temps, d’acquérir de nouvelles compétences ou de transformer des compétences acquises, à partir de modèles, de prescriptions. Peut alors émerger un second temps où le professeur dépasse la simple mobilisation de pratiques « imitées » pour produire « de nouveaux schémas d’action », c’est-à-dire des dispositifs pédagogiques élaborés autrement. Le professeur témoigne alors de sa capacité à remettre en question sa façon de penser et d’élaborer sa pédagogie selon des « gestes professionnels » qui lui sont propres.

Il peut exister des formes de tutorat non formalisées. Des formes d’aide et d’accompagnement entre pairs se développent dans un cadre privé ou au sein des réseaux apprenants (communautés de pratique). Ces temps d’échanges, souvent improvisés, s’inscrivent alors dans une logique d’autoformation ou d’autodidaxie (acquisition de connaissances en dehors des dispositifs officiels) et échappent, au moins partiellement, au cadre institutionnel.

Qu’est-ce qu’un tuteur en arts plastiques ?

La pratique tutorale en Arts plastiques s’articule autour de plusieurs champs :

Intégration
Le tuteur en Arts plastiques exerce très rarement dans le même établissement que le professeur « tutoré » ; il veille cependant à lui expliquer le fonctionnement d’un établissement, et l’initie à la « culture d’établissement » :

• Rôles et fonctions des personnels de l’établissement ;
• Informations concernant l’histoire de l’établissement, les types de publics, le contexte local ;
• Importance des échanges avec les collègues en salle des professeurs, participation à des temps de socialisation : « Le premier conseil que je lui ai donné, pour s’intégrer rapidement, c’est de manger à la cantine. » (Propos d’un professeur tuteur à l’IA-IPR), dialogue avec l’équipe de direction.
• Inscription de la discipline dans un projet d’établissement, et dans un Parcours éducatif artistique et culturel ;
• Connaissances des partenariats et conventions ;
• Visibilité de la discipline ; (« rayonnement »)
• Travail en équipe (interdisciplinarité)

Organisation
Dans un contexte organisationnel, le tuteur aide à l’appropriation de l’environnement de travail dans une salle spécifique :
• Prise en main de l’environnement numérique de travail (ENT) ;
• Gestion de l’espace au sein de da classe : organisation de la salle (par pôles, ateliers, ilots, en U…), espace d’accrochage, espaces de verbalisation dédiés, lieux de stockage des matériaux et des productions d’élèves, déplacements du professeur et des élèves dans la classe ;
• Gestion de l’espace au sein de l’établissement : connaissance des lieux, espaces d’accrochage de travaux d’élèves dans les espaces communs ou une salle dédiée ;
• Gestion du temps au sein de sa classe : découpage de la séquence en séances, organisation des différents temps au sein d’une même séance, variétés des activités, progressivité par cycle et par niveau,
• Gestion du temps au sein de l’établissement : respect des horaires, planning des réunions, conseils, respect des délais (bulletins) ;

Explication et analyse

Le tuteur participe au développement d’un regard critique sur la pratique professionnelle, et favorise la prise de recul, grâce au temps d’échanges qui suit le temps d’observation en classe.

« Avec ce tutorat, j’ai essayé d’apporter un regard extérieur sur sa pratique, des conseils sur la préparation des séquences, organisation en classe, gestion de cas difficiles et bien d’autres situations. »
Extrait de compte-rendu d’un professeur tuteur à l’IA-IPR

Comme nous l’avons vu plus haut, c’est ce regard porté sur la pratique de l’autre qui agit sur sa propre pratique : « Quand je suis sur le terrain, je n’ai pas le temps de penser. » (Propos d’un professeur tuteur à l’IA-IPR). Par les observations, orales et/ou écrites, les temps d’échanges et les corrections apportées aux fiches de préparation de cours, le tuteur opère de micro-remédiations successives qui modifient, transforment progressivement la pratique professionnelle.

Évaluation
Outre la responsabilité partagée de veiller au respect des normes (définis par des textes, arrêtés, référentiel, programmes…) et des valeurs - républicaines, éthiques, sociales, éducatives - définies par le Code de l’Éducation et le cadre législatif en vigueur, le tuteur évalue l’ensemble des compétences disciplinaires et transversales. Pour cela, il élabore des outils d’observation, d’analyse et de compétences adaptés, sur lesquels il s’appuie lors de ses séances d’observation (voir Annexe). Ces outils diffèrent des grilles d’évaluation sommatives et certificatives proposées par l’INSPE dans le cadre des bilans intermédiaires et de fin d’année des professeurs titulaires stagiaires (FSTG).

Extrait d’une grille d’évaluation de bilan intermédiaire d’un FSTG à compléter par le professeur (document INSPE)

Quel effet de réciprocité ?

L’exercice du tutorat modifie et opère des modifications significatives sur les compétences du tuteur. Le professeur qui devient tuteur, parfois pour la première fois, doit expliciter le travail, c’est-à-dire expliquer des procédures intériorisées, afin de permettre la mise en acte des gestes professionnels adaptés, et modifier les comportements inadaptés ou inefficaces. Il « met en mot », sa propre pratique, « désincorpore » des gestes effectués inconsciemment pour expliquer le travail : « Moi, dans ces cas-là, je fais comme ça… ». Cette description rétroactive permet au tuteur de (re)découvrir des pratiques et des gestes souvent effectués, depuis des années, de manière automatique ou inconsciente, pour aider le tutoré à trouver « d’autres façons de faire ».

« Être tuteur me permet de repenser ma pratique en classe et de l’expliquer, de la comprendre pour la formaliser au stagiaire. Je m’interroge sur ma posture en classe. L’échange tout au long de l’année permet aussi de se nourrir mutuellement de nouvelles références artistiques. »
Commentaire d’un professeur tuteur à l’IA-IPR

VERS UNE MODIFICATION OU TRANSFORMATION DES PRATIQUES

Le tuteur développe alors des compétences transversales :

• Une compétence à la réflexion et à l’analyse de situations pédagogiques ;
• Une compétence à concevoir des outils d’observation et d’analyse ;
• Une compétence à co-élaborer (conception de séquences, de dispositifs)

L’exercice du tutorat permet le développement de méta-compétences, c’est-à-dire d’une capacité à regarder et penser ses propres compétences et moyens d’action.

Annexes

Annexe 1 Annexe 2 Annexe 3 Annexe 4 Annexe 5

Documents joints