De l’INTERPRETATION du réel à la REPRESENTATION d’un imaginaire
Comment la perception et l’interprétation du réel peuvent-elles enclencher un univers imaginaire ?
Cette séquence a été réalisée par les élèves de Seconde option arts plastiques du lycée Thomas Corneille à Barentin.
" REPRÉSENTER , c’est fondamentalement engager un processus et mettre en œuvre des moyens pour donner à voir, principalement par une image fixe et animée (dessin, peinture, photographie, vidéo, etc .), mais aussi par un volume (sculpture, installation, etc.), des éléments qui relèvent de la réalité ou de la fiction, du monde proche et lointain ou de l’imaginaire. Pour l’enfant et l’adolescent, les activités de représentation avec des moyens plastiques forment, plus ou moins spontanément, des étapes fondatrices de son développement sensible et réflexif, individuel et au sein d’un collectif."
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Organisation de la séquence
Séance 1 : 3 heures
- Présentation du projet
- Croquis des premières idées.
Durant cette phase, je suis présente pour suivre l’évolution de leurs ébauches de manière individuelle. Je profite de ce moment pour sonder leurs intentions et comprendre leur démarche.
Les références artistiques choisies en amont sont présentées aux élèves mais en articulation directe avec les observations et échanges issus de la verbalisation.
Séance 2 et 3 : 6 heures en présence de l’artiste.
- Présentation de la démarche artistique de l’artiste Zélie DOFFEMONT
A l’issue de cette présentation, chaque élève nous présente son crayonné. C’est l’occasion d’échanger, de permettre des modifications avant l’étape finale. Un point technique avec l’utilisation des stylos micron est réalisé avant la poursuite du travail graphique.
Articulation avec les programmes
• La ressemblance et ses codes : relation au modèle, tirer parti de l’écart avec la réalité
• Le dispositif de représentation
o Enjeux plastiques de la représentation d’une fiction, d’un événement ou d’un lieu réinventé ou-inventé, en fonction d’un imaginaire, d’un parti pris singulier, d’une interprétation personnelle
Quelques informations sur l’artiste intervenante
"Originaire de Picardie, Zélie Doffémont vit et travaille à Rouen depuis 2012.
Imprégnée depuis toujours par la littérature et le cinéma fantastique et gothique, le travail du dessin en noir et blanc fut rapidement une évidence. Aimant surtout créer des ambiances mystérieuses caressants l’étrange, Zélie Doffémont s’attache à exprimer symboliquement le possible déclin de l’humanité, en reformulant sa matière, avec celles présentes dans la nature.
Ainsi, à travers une nuée de petits points à l’encre, elle travaille les formes, joue de la lumière et tente de recréer un tissu vivace, sorte d’évolution, de mutation et/ou de renouvellement de l’espèce.
Chaque dessin pose le décor d’une histoire future, qui reste à dérouler et à s’enrichir de la vision émotionnelle du spectateur.
C’est une invitation pour chacun à se questionner sur l’avenir de l’Homme, une sorte d’utopie graphique."
Références artistiques prévues
• Les Caprices, terme qui signifie « fantaisie », une série de 80 gravures de Francisco de Goya
• Gustave Doré s’impose dans les œuvres en noir et blanc. Il excelle dans l’invention de formes naturelles anthropomorphes et surtout zoomorphes.
• De 1870 à 1895, Odilon Redon crée des dessins aux sujets imaginaires qu’il appelle ses « noirs », car il n’utilisa que la couleur noire (fusain noir et encre noire). Il illustre ainsi de nombreux textes, les siens et ceux d’auteurs qui explorent le fantastique comme Edgar Allan Pœ
• Le surréalisme est un mouvement qui touche tous les domaines artistiques : arts visuels, littérature, musique, cinéma…
Une œuvre surréaliste se compose d’éléments inattendus. Les artistes surréalistes déforment les objets pour créer de nouvelles approches plastiques et iconographiques. Les thèmes sont souvent le rêve, l’imagination, les phénomènes extraordinaires…
• Escher, Relativité, 1953 : L’œuvre représente un monde où les lois normales de la gravité ne s’appliquent pas. Dans ce monde, il y a en fait trois sources de gravité, chacune étant orthogonale aux deux autres.
Les références présentées lors de la deuxième heure permettent de rebondir très rapidement sur leurs premières idées. Pour chaque œuvre présentée, les élèves devaient décrire ce qu’il voyait, ce qu’il pensait de la technique et expliquer en quoi ces œuvres ont un lien avec le fantastique.
Afin d’étayer leurs propos, j’ai apporté quelques précisions en choisissant 3 axes chronologiques :
- les œuvres avant le surréalisme,
- le surréalisme,
- les œuvres plus contemporaines.
Des extraits cinématographiques m’ont permis de les interroger sur les moyens plastiques utilisés pour susciter la peur (ombre et lumière, déformation, son, montage, typographie).
Quelques romans graphiques étaient à disposition des élèves tels que :
- Moebius, Azarch
- Marc-Antoine Mathieu, Le Début de la Fin.
- Schuiten et Peeters, Le retour du capitaine Némo (cités obscures)
- Emil Ferris, moi ce que j’aime c’est les monstres
Parmi les pistes exploitées par les élèves, nous retenons les suivantes :
- atmosphère surnaturelle avec jeu d’ombres et de lumière,
- brume,
- mélange jour et nuit,
- intrusion fabuleuse,
- rendre liquide un élément solide,
- trajectoire des reflets…
Cette étape au crayon leur a permis de transcrire sur le papier leur idée et de développer des compétences d’expérimentation et de création.
Quelques aperçus du travail en cours pour la première phase
Intervention de l’artiste Zélie DOFFEMONT
Dans ce cadre du Pass Culture, Zélie Doffémont est intervenue auprès des élèves pour évoquer son travail sur le fantastique. Chaque élève lui a présenté son projet, justifié sa démarche avant de réaliser l’étape finale.
L’artiste leur a transmis sa technique d’ombre et de lumière. Quelques élèves ont ressenti le besoin de modifier ou d’accentuer certains éléments de leur réalisation.
Quelques aperçus du début de la deuxième phase du travail
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L’intervention d’un artiste induit un équilibre entre les objectifs d’apprentissage visés par l’enseignant et l’ouverture à une pratique artistique singulière : comment déterminer le rôle de chacun ?
Inviter un artiste au sein d’une classe d’arts plastiques engage nécessairement un jeu d’équilibre subtil entre deux dynamiques : d’une part, les objectifs d’apprentissage définis par l’enseignant, et d’autre part, l’ouverture à une démarche artistique singulière, incarnée par l’artiste invité. Cet équilibre, loin d’être spontané, se construit en amont, puis se déploie dans la rencontre entre les élèves, l’enseignant et l’artiste.
L’intervention de Zélie Doffémont illustre parfaitement cette complémentarité. Nous avions déjà collaboré au collège, autour d’un travail sur la danse macabre : sa présentation de sa technique avait alors fortement captivé les élèves. Forte de cette expérience, je lui ai proposé une nouvelle intervention, cette fois au lycée. Connaissant son univers plastique, la notion de fantastique m’a semblé un terrain fécond pour articuler sa démarche à des attendus précis du programme.
Avant sa venue, nous avons clarifié nos rôles. Je lui ai présenté le projet et les références artistiques que j’envisageais de montrer ; elle y a ajouté le travail d’Escher, permettant d’ouvrir davantage le champ des possibles. Ensemble, nous avons défini les contraintes plastiques à imposer aux élèves (format A5, papier épais) et elle a demandé la réalisation d’un crayonné préparatoire afin que les élèves anticipent ombres et lumières, condition essentielle pour exploiter ensuite le stylo micron.
Cette préparation partagée illustre ce que Laurence Espinassy nomme " l’incitation comme un outil propre à l’enseignement des arts plastiques" , pensé pour déclencher l’activité des élèves tout en ouvrant la possibilité d’une véritable rencontre avec les œuvres et les démarches artistiques. Dans ce cadre, l’artiste comme l’enseignant occupent chacun une place spécifique : l’ARTISTE apporte une pratique située, une sensibilité, une manière de faire ; l’ENSEIGNANT garantit la cohérence pédagogique, la progression des apprentissages et la diversité des possibles plastiques.
Le jour de l’intervention, la présence à deux voix a permis d’enrichir le dialogue avec les élèves. Chacun présentait sa vision, son approche : Zélie expliquait comment installer une ambiance sombre, notamment par le placement préalable des noirs et les effets de texture. De mon côté, j’accompagnais les élèves sur les questions de profondeur et de perspective. Toutes les deux, nous montrions comment réaliser des dégradés au stylo.
Ainsi, l’équilibre se joue dans un partenariat où les rôles ne s’opposent pas mais se complètent. L’artiste transmet des gestes techniques, une manière d’habiter le médium ; l’enseignant assure le cadre, les liens avec les attendus institutionnels, l’élargissement culturel. Ensemble, ils créent un milieu propice à l’expérience plastique — personnelle et collective — où la découverte singulière nourrit les apprentissages, et où les apprentissages permettent de mieux accueillir la singularité.
>> ESPINASSY Laurence, La rencontre avec l’œuvre - Enseigner les arts plastiques au collège, 2009
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EXPOSER la pratique, la démarche, le sensible
EXPOSER sa PRATIQUE suppose d’expliquer sa démarche, d’écouter et d’accepter l’avis de ses pairs, mais aussi d’apprendre à regarder la production des autres. Ces contributions sont essentielles à l’éducation de la sensibilité des élèves. Sur ces différents plans, la pratique régulière de l’exposition représente une situation pédagogique particulièrement fructueuse. Inscrite das une dynamique de projet, elle permet d’installer collectivement les élèves dans une expérience complète de création, de l’idée première jusqu’à la monstration de la réalisation aboutie puis sa réception. prenant en compte les modalités perceptives de la production plastique, dans un contexte spécifique, l’exposition propose une expérience commune et socialisée au public, reliant différentes personnes et sensibilités autour du partage de cette expérience sensible."
Le travail final a été exposé dans le cadre de la Nuit de la Lecture et des Arts, vendredi 30 janvier 2026 de 19h à 22h au lycée.
Les élèves ont réfléchi à la mise en espace des productions dans la salle. La question de l’éclairage est essentielle pour s’adapter aux productions graphiques.
Ils ont été également médiateurs dans les différentes salles d’expositions pour accueillir un public nombreux.


