FRAGMENTS et UNITÉ dans le PAYSAGE - Arts Plastiques / Académie de Normandie

FRAGMENTS et UNITÉ dans le PAYSAGE

Dans quelle mesure une production peut-elle articuler les notions de fragment et d’unité pour construire une représentation cohérente et signifiante du paysage ?

, par Mael Judic

Cette séquence, conçue pour les élèves de 1ère Spécialité Arts Plastiques, s’inscrit dans la partie du programme : « Les enjeux de la représentation, de ses langages et de ses moyens plastiques  ». Elle invite les élèves à interroger les conceptions de la représentation de l’espace dans le champ de l’art contemporain, par l’affirmation de différents degrés de distance au référent.

Organisation de la séquence

La première séance (2 heures) est dédiée à la présentation du projet et à une immersion directe dans le champ artistique contemporain. Les élèves participent à un atelier de pratique plastique avec l’artiste Tom Nadam, qui expose dans la galerie de l’établissement, dans le cadre du dispositif De Visu. Cette rencontre permet d’ancrer la réflexion théorique dans une expérience concrète de la création.

Entre la première et la deuxième séance, un travail personnel est demandé aux élèves pour enrichir leur culture artistique. Ils visionnent la vidéo de présentation de l’exposition « Paysage, Fenêtre sur la nature », tenue au Musée du Louvre-Lens entre mars et juillet 2025. Ce visionnage doit être accompagné d’un travail de prise de notes, visant à alimenter leur réflexion avant la mise en pratique.

La deuxième séance (2 heures) reprend la réflexion autour de « Fragments et unité dans un paysage ». Elle commence par une réflexion et une analyse collective de la problématique. Les termes clés sont définis à l’oral : le fragment (morceau, partie), l’unité (homogénéité, cohérence, assemblage), le paysage (ce que l’on voit, point de vue, cadrage, nature) et l’hétérotopie (lieu autre, imaginaire, cosmos, utopie). À l’issue de cette analyse, le travail plastique se poursuit.

Évaluation et aticulation avec les programmes

L’évaluation de cette séquence porte sur la capacité des élèves à expérimenter, produire et créer, ainsi qu’à mettre en œuvre un projet artistique. Elle inclut également la capacité à exposer l’œuvre, la démarche et la pratique :

  • Créer un paysage à partir de fragments (photographies, collages, objets, matériaux divers) pour créer une image globale cohérente ;
  • Proposer une analyse critique de sa production : les élèves doivent exposer leur démarche de création, les choix esthétiques et conceptuels qui ont guidé leur projet, ainsi que les difficultés rencontrées et les solutions trouvées ;
  • Contribuer au dispositif scénographique.

Les élèves travaillent à partir d’images de paysages brûlés ou désolés - thème central de son œuvre. Sur des supports papier de différents formats, chacun doit extraire un fragment de l’image (recadrage, agrandissement) puis retravailler textures et couleurs avec différents médiums.

L’exercice ne se limite pas à une simple copie  : il propose une confrontation concrète entre photographie et matière picturale, entre échelle choisie et lisibilité du détail, invitant à réfléchir au geste, à la surface et à l’interprétation chromatique.

Une visite préalable du site de l’artiste et de son exposition a préparé le travail en atelier, et Tom Nadam a présenté sa démarche de collages et de patchwork à l’origine de ses compositions, afin que les élèves saisissent le lien entre fragmentation et assemblage.

À travers cette séquence, les élèves sont amenés à répondre aux questions enseignables suivantes :

• Comment faire unité à partir du fragment ?
• Comment créer une cohérence plastique au sein d’un ensemble hétérogène ?
• Quelles caractéristiques visuelles permettent de définir le genre du paysage ?

Ainsi, cette séquence permet de lier la pratique plastique à une réflexion critique sur la construction de l’espace et sa représentation contemporaine.

Quelques informations sur l’artiste intervenant

"Diplômé des beaux-arts de Caen en 2018, aujourd’hui, Tom Nadam vit et travaille à Rennes.

Animées par un sentiment de faux calme, ses peintures révèlent des moments de flottement, des environnements bouleversés et des figures en déclin. Cette atmosphère si particulière naît d’un danger tapis dans l’ombre, d’une sensation d’instabilité ou d’une menace passée. Pour favoriser ces jeux de tension, Tom joue du contraste et de l’ambiguïté des motifs qu’il utilise. Il puise son inspiration dans des excursions marquantes. Islande, Etna et Champs Phlégréens plantent le décor de ses meutes imprévisibles. Le chien est la première figure qui alimente une dualité dans son travail. Entre monde des morts et monde du vivant, fidèle compagnon et bâtard errant, dominé comme dominant, il traduit une tension constante. Sans morsure, ni blessure, ni sang, une certaine animosité se dégage pourtant des compositions. Plus récemment, les violents feux de forêts survenus en 2022 ont profondément affecté sa pratique. Tom représente alors une nature grondante, sauvage, révoltée et démesurée. En s’immergeant dans les Monts d’Arrée, à Lussas et dans la plaine des Maures, il récolte les vestiges de ces terres arides qui lui évoquent des formes familières. Ainsi, dans un climat quasi désertique, apparaissent tels des mirages : roches, objets trouvés, crânes, meutes diaphanes ou autres silhouettes étranges. Tom dresse leur portrait, qui, dans un état de fulgurance, semblent aussi précieux que fragiles. À travers les épaisses fumées, ces éléments se dévoilent comme les rescapés de ces drames, incarnant un semblant d’espoir."

Intervention de l’artiste Tom NADAM

À partir d’images de paysages en feu ou désolés après son passage (thème de son travail), et des supports en papier prédécoupés (20 X 20, 40 X 20 et 40 X 40 cm) les élèves devaient reproduire à l’échelle une partie de l’image (recadrage, agrandissement) et surtout retravailler les textures et les couleurs en découvrant la peinture acrylique. Une visite du site de l’artiste et de l’exposition avait été faite en amont. Tom Nadam a aussi expliqué sa démarche de collages et de patchwork à l’origine de son travail.

La taille des supports permet une installation rapide et facilité des travaux d’élèves dans la galerie pour un accrochage lors du vernissage à suivre (panoramique, mosaïque, pixels ?...). Un temps d’une demie heure a été alloué avant le vernissage de l’artiste dans la galerie pour que les élèves investissent en commun le mur dédié avec leur travail. L’accrochage a donc été fait en classe entière, en autonomie, mais avec la présence de l’artiste et des enseignants pour justifier les divers choix (hauteur, choix des motifs, couleurs, composition, brillance, unité, "trous de respiration"...).

Quelques aperçus du travail en cours pour la première phase

Accrochage réalisé par les élèves de leurs travaux avant le vernissage

Afin d’approfondir autour de la question du paysage

Entre la première séance et le deuxième, un travail devait être mené à la maison. Les élèves devaient visionner une vidéo de présentation de l’exposition Paysage : Fenêtre sur la nature. Il s’agit d’une exposition ayant eu lieu au Musée du Louvre Lens du 29 mars au 24 juillet 2025. Il s’agissait aussi pour les élèves de prendre une série de notes écrites.

Commissariat
Vincent Pomarède, conservateur général du patrimoine au musée du Louvre Marie Gord, attachée territoriale de conservation au Louvre-Lens
Marie Lavandier, directrice du Louvre-Lens
Scénographie confiée à l’artiste Laurent Pernot et à l’architecte-scénographe du Louvre-Lens, Mathis Boucher

Réflexion et analyse collective de l’incitation

Au début de la deuxième séance, les élèves devaient produire un écrit durant 15 minutes autour des termes de l’incitation.

FRAGMENTS et UNITÉ dans le PAYSAGE

  • Fragment : Morceau / Partie
  • Unité : Homogénéité / Cohérence / Ensemble / Assemblage / Construction
  • Paysage : Ce que l’on voit / Point(s) de vue / Cadrage(s) / Nature ?
  • Hétérotopie (lieux autre) : Imaginaire / Cosmos / Univers / Utopie

L’évaluation

Quelques exemples d’élèves au travail

Cécile Malézieux et Florent Cordier