REPRESENTER, REPRODUIRE, IMITER
L’action de copier peut-elle être la source d’une singularité ?
Aider régulièrement les élèves à acquérir une maîtrise instrumentale, afin de tendre vers une esthétique dite « réaliste » – qu’ils visent ou attendent possiblement – répond à leur intérêt initial pour tenter de capturer le réel, de le reproduire, voire à un désir de l’imiter avec précision. Au-delà, et plus fondamentalement, en arts plastiques, il s’agit de leur apprendre à approcher la réalité de manière sensible et artistique, personnelle et singulière. Diversifier la saisie du réel, donc sa compréhension et son interprétation, par l’exploration des différentes ressources qu’offrent la pluralité des moyens d’expression sensibles, leur permet de prendre conscience de l’existence de modalités de création et d’intentions variées associées à la démarche et à l’acte de représenter. Cette diversité des approches, la variété des supports, des médiums et des gestes potentiels invitent chaque élève à relier la représentation à des finalités plus larges que la stricte imitation, selon des visées narratives, expressives, poétiques, symboliques, etc.
Inspiration de la séquence de cycle
La lecture du sujet de l’épreuve pratique d’admissibilité du CAPES externe 2021, intitulé « Peindre ou colorier ? », a constitué le point de départ de la réflexion ayant conduit à l’élaboration de cette séquence. Ce questionnement s’est révélé particulièrement pertinent en ce qu’il ouvre à la fois sur l’analyse de pratiques artistiques modernes et contemporaines et sur une réflexion approfondie autour de l’entrée des programmes consacrée à la "matérialité de la couleur".
La formulation même du sujet, qui n’invitait pas à trancher entre deux pratiques mais à en interroger les enjeux, m’a semblé porteuse pour engager les élèves dans une démarche réflexive autour de la peinture, de son expressivité et de sa matérialité. Plus largement, elle permet d’aborder la notion de création artistique dans toute sa complexité, ainsi que la question du référent, en interrogeant les liens entre intention, geste, matière et sens.
L’imitation est fréquemment envisagée comme une forme d’« entraînement », notamment dans l’apprentissage du dessin, et la copie a longtemps constitué une étape fondamentale de l’enseignement artistique académique. Elle a ainsi été associée à l’acquisition progressive de savoir-faire techniques et à la maîtrise des codes de représentation.
De nombreux artistes ont, par ailleurs, recours à la reproduction d’œuvres existantes ou à leur réinterprétation afin d’en comprendre les compositions, d’en analyser les détails ou de s’approprier des procédés plastiques. S’intéresser à la notion d’appropriation revient dès lors à interroger les rapports entre ressemblance et écart, fidélité et transformation, et, plus largement, à se confronter à une problématique majeure qui traverse l’histoire de l’art : celle de l’imitation de la nature et des modèles.
En revanche, on peut tout à fait travailler sur la notion de copie avec les élèves. Mais cette fois il s’agira de placer l’élève dans une distance réflexive avec ce qu’il est en train de copier. Il s’agira de lui permettre de comprendre pourquoi et pour quelle finalité il est en train de copier. Dans ce cas-là, la copie revêt un caractère différent : elle est problématisée, elle est proposée comme une attitude qui permet de comprendre, soit que la copie est toujours déformation de ce que l’on copie, que la copie peut se faire aussi avec des moyens mécaniques, tels que la photocopie, mais que le résultat n’aura absolument pas la même apparence,etc. Ainsi la pratique et la réflexion, la pratique et l’esthétique seront-ils dans un relation, dans une fusion.
Lien avec les programmes :
La représentation plastique et les dispositifs de représentation
- La ressemblance
- L’autonomie du geste graphique, pictural, sculptural
Notions abordées :
Support / Outil / ressemblance / écart / singularité / exagération…
Compétences évaluées prioritairement :
EXPÉRIMENTER, PRODUIRE, CRÉER
- Représenter le monde environnant ou donner forme à son imaginaire en explorant divers domaines (dessin, collage, modelage, sculpture, photographie, vidéo…).
METTRE EN ŒUVRE UN PROJET
- Se repérer dans les étapes de la réalisation d’une production plastique individuelle ou collective, anticiper les difficultés éventuelles.
Déroulé de la séquence
Cette séquence, mise en œuvre en tout début d’année de sixième, vise à accompagner les élèves dans la construction de la notion de « représentation ». Elle constitue un temps d’entrée dans les apprentissages en arts plastiques en permettant de poser des repères communs et de clarifier les enjeux liés au fait de représenter un référent.
Séance 1 : « Réalisez une belle représentation de votre figurine »
Utilisez des outils et matériaux que vous connaissez, que vous avez l’habitude d’utiliser.
Séance 2 : « Vous réaliserez une deuxième version mais avec des outils et matériaux que vous ne connaissez pas ou peu. »
| ŒUVRE 1 | ŒUVRE 2 | ŒUVRE 3 | |
| Léonard de VINCI La Joconde 1503-1506 |
Honoré DAUMIER Dupin Ainé ou l’orateur 1832 |
Jeff KOONS Balloon Dog (Magenta) 1994-2000 |
Au cours de cette séquence, les élèves sont amenés à interroger les notions de ressemblance et d’écart par rapport au référent, en prenant conscience que toute représentation implique des choix et des transformations. Cette réflexion conduit également à aborder des questions transversales telles que celles du « beau », du goût et de la subjectivité du regard. L’étude de l’écart intentionnel permet notamment de mettre en évidence sa portée expressive et signifiante : par exemple, l’exagération peut devenir un procédé plastique permettant de produire un effet de caricature, de susciter le rire ou de transmettre un message.
Lien avec les programmes :
La matérialité de l’œuvre : l’objet et l’œuvre
- La transformation de la matière
- Les qualités physiques des matériaux
- Le numérique en tant que processus et matériau artistiques
La représentation ; images, réalité, fiction - Le dispositif de représentation, la ressemblance
Notions abordées :
Matière, épaisseur, couches, recouvrement, empâtement, ressemblance, couleurs, nuances, immatériel, pixels, numérique
Compétences évaluées prioritairement :
EXPÉRIMENTER, PRODUIRE, CRÉER
- Choisir, mobiliser et adapter des langages et des moyens plastiques variés en fonction de leurs effets dans une
intention artistique en restant attentif à l’inattendu - Recourir à des outils numériques de captation et de réalisation à des fins de création artistique.
METTRE EN ŒUVRE UN PROJET
- Faire preuve d’autonomie, d’initiative, de responsabilité, d’engagement et d’esprit critique dans la conduite d’un projet artistique.
- S’exprimer, analyser sa pratique, celle de ses pairs ; établir une relation avec celle des artistes, s’ouvrir à l’altérité
Déroulé de la séquence
Demande 1 (2 séances) : Réalisez une « PEAU de peinture » à cette photocopie. Vous
travaillerez directement sur la photocopie mise à disposition. Vous utiliserez obligatoirement
des matières et matériaux pour réaliser votre peinture.
Demande 2 (1 séance) : Munissez-vous de votre peinture et à l’aide du logiciel ArtRage,
utilisez les outils à disposition pour FAIRE CROIRE qu’il s’agit de la même peinture !
| ŒUVRE 1 | ŒUVRE 2 | ŒUVRE 3 | |
| Giacometti “Diego” 1954 |
LICHTENSTEIN “white brush” 1965 |
KIEFER “terre des 2 fleuves” 1995 |
Pendant cette séquence, les élèves sont amenés à identifier et à comprendre la dimension expressive d’une œuvre ainsi que les effets produits par l’usage de la matière dans un processus de création. Ils examinent la manière dont une matérialité affirmée — épaisseur, superpositions, diversité des matériaux — influe sur la perception de l’œuvre. Cette réflexion les conduit à interroger le contraste entre cette présence matérielle et l’immatérialité d’une image numérique, dont la nature intangible modifie le rapport sensible que l’on peut entretenir avec elle.
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Lien avec les programmes :
La représentation ; images, réalité et fiction
- L’autonomie de l’œuvre d’art, les modalités de son auto-référenciation
- La création, la matérialité, le statut, la signification des images
Notions abordées :
OUTIL, COULEUR, peinture, image numérique, FORME, ressemblance, écart,
composition, organisation, …
Compétences évaluées prioritairement :
EXPÉRIMENTER, PRODUIRE, CRÉER
- Choisir, mobiliser et adapter des langages et des moyens plastiques variés en fonction de leurs effets dans une
intention artistique en restant attentif à l’inattendu - Recourir à des outils numériques de captation et de réalisation à des fins de création artistique.
METTRE EN ŒUVRE UN PROJET
- Concevoir, réaliser, donner à voir des projets artistiques, individuels ou collectifs
- Mener à terme une production individuelle dans le cadre d’un projet accompagné par le professeur.
- Confronter intention et réalisation dans la conduite d’un projet pour l’adapter et le réorienter, s’assurer de la dimension artistique de celui-ci.
Déroulé de la séquence
Demande 1 (2 séances) : Choisissez une œuvre d’art et par les moyens de votre choix, en 2 dimensions ou en volume, décortiquez l’œuvre !
Vous n’utiliserez aucun mot ni écritures dans votre réalisation qui pourra se composer de plusieurs travaux.
Demande 2 (2 séance) : Choisissez une œuvre et faites-en une image publicitaire !
Il devra y avoir un lien évident entre l’œuvre et le produit dont vous faites la publicité ; L’œuvre, les éléments ajoutés et textes doivent former un tout.
| ŒUVRE 1 | ŒUVRE 2 | ŒUVRE 3 | |
| Edouard MANET “Le déjeuner sur l’herbe” 1862 |
Alain JACQUET “Le déjeuner sur l’herbe” 1964 |
N. SIMARIK “La déroute” 2006 |
Au cours de cette séquence, les élèves sont amenés à s’approprier des œuvres majeures de l’histoire de l’art à travers la manipulation de reproductions envisagées comme des matériaux plastiques. Ils découvrent ainsi que travailler à partir d’une œuvre existante ne consiste pas à la reproduire à l’identique, mais à engager un processus d’appropriation et de détournement. Cette approche leur permet de comprendre qu’un artiste peut s’appuyer sur une œuvre préexistante pour créer et pour exprimer un propos ou transmettre un message.
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Lien avec les programmes :
La représentation ; images, réalité et fiction
- L’autonomie de l’œuvre d’art, les modalités de son auto-référenciation
- Le dispositif de représentation
Notions abordées :
OUTIL, COULEUR, FORME, peinture, image numérique, forme, ressemblance, écart,
composition, organisation, …
Compétences évaluées prioritairement :
EXPÉRIMENTER, PRODUIRE, CRÉER
- Choisir, mobiliser et adapter des langages et des moyens plastiques variés en fonction de leurs effets dans une intention artistique en restant attentif à l’inattendu
METTRE EN ŒUVRE UN PROJET
- Concevoir, réaliser, donner à voir des projets artistiques, individuels ou collectifs
- Mener à terme une production individuelle dans le cadre d’un projet accompagné par le professeur.
- Confronter intention et réalisation dans la conduite d’un projet pour l’adapter et le réorienter, s’assurer de la dimension artistique de celui-ci.
Déroulé de la séquence
Demande (2 séances) : Ma photographie devient une image abstraite ! A partir de votre photographie de l’architecture du collège et sur le format de votre choix, réalisez une peinture abstraite.
D’une manière ou d’une autre, votre photographie sera le point de départ de votre réalisation abstraite.
Vous utiliserez des outils et matériaux que vous connaissez et avez pu découvrir lors de vos années en arts plastiques au collège.
| ŒUVRE 1 | ŒUVRE 2 | ŒUVRE 3 | |
| Claude MONET "Nymphéas, reflets de saule » 1916-19 |
W.KANDINSKY composition VII 1913 |
M.ROTHKO untitled 1947 |
Au cours de cette séquence, les élèves sont amenés à travailler à partir de l’architecture du collège, qu’ils ont préalablement photographiée. La photographie, en tant qu’image permettant de saisir le réel, constitue le point de départ d’un travail de transformation vers l’abstraction. Cette démarche permet de redéfinir la notion d’abstraction avec les élèves, d’en comprendre l’émergence dans l’histoire de l’art et d’engager une réflexion sur les formes, les couleurs ainsi que sur les enjeux de composition et d’organisation de l’espace plastique.





