REPRESENTER la mémoire : entre superposition et effacement partiel - Arts Plastiques / Académie de Normandie

REPRESENTER la mémoire : entre superposition et effacement partiel

Comment la représentation plastique de la mémoire peut-elle traduire à la fois la fragilité des traces et la puissance de la reconstruction ?

, par Virginie Michel



RENCONTRE avec l’artiste et son œuvre



Les élèves de l’atelier arts plastiques du collège Les Hauts du Saffimbec (PAVILLY) ont rencontré l’artiste Reem Yassouf. Elle a expliqué son parcours entre la Syrie et la France.
Sa présence, organisée via le dispositif De Visu, a été l’occasion de prendre le temps de découvrir sa démarche artistique et plus spécifiquement sur sa série “Traverser” réalisée sur le thème de la Mémoire.

Les œuvres sont élaborées à partir de couches espacées, de différentes textures et techniques, transparentes ou opaques, sur une base de grillage métallique et de papier transparent. Le tout est disposé sur des toiles blanches. Selon le choix de l’angle de vue choisi, les images vont apparaître et disparaître, s’inscrivant dans la mémoire de chacun.

Nos histoires sont formées de petits moments qui viennent du passé et réinvestissent notre présent.

La découverte du travail de Reem Yassouf permet, au-delà des gestes plastiques, d’interroger les élèves sur le mécanisme de conservation des souvenirs dans notre mémoire.

>> La mémoire, faite de strates et d’effacements, peut-elle être figurée plastiquement comme un palimpseste où l’oubli devient matière ?
>> Comment le geste plastique et la matière peuvent-ils donner corps à une mémoire qui se construit autant qu’elle se déforme ?
>> La représentation plastique de la mémoire peut-elle rendre sensible le passage du temps et la métamorphose des souvenirs ?

Évoquer les souvenirs qui sont associés au temps et aux lieux, sollicite la mémoire et l’imagination. Il s’agit de créer une liaison entre les images laissées dans la mémoire et modifiées avec le changement de temps et de de lieu, par le biais d’une représentation artistique.

Cette rencontre rend possible la découverte d’artistes tels que :

Anselm KIEFER

>> Chez lui, la mémoire n’est pas figée : elle est matière vivante, travaillée comme le plomb, le verre ou la terre.

S’EXPRIMER
Les élèves se sont exprimés tour à tour sur ce qu’ils ressentaient face à l’œuvre de Reem Yassouf

Cette expérience, en présence de l’artiste, permet un dialogue filé entre le ressenti du spectateur et la réalité du geste plastique de l’auteur. Reem Yassouf a demandé aux élèves de réfléchir et présenter une mise en espace de sa série. Elle leur a même proposé, à titre exceptionnel, de toucher les matières présentes dans sa production.

EXPOSER

Les élèves ont saisi la difficulté de la demande car, présenter une série, nécessite une prise en compte des conditions de réception articulée à l’espace d’exposition. Si cela est le cas pour toutes les œuvres, les enjeux de composition des différentes unités de la série accentuent la difficulté pour que l’œuvre "fonctionne" dans le lieu.
L’artiste a proposé une disposition au sol que les élèves ont modifié en prenant en compte les avis de chacun. Les élèves ont gardé les traces de cette première rencontre. Ils auront ainsi la possibilité de la présenter à l’oral pour le DNB.

Pour aller plus loin : André SCHERB, Les interactions verbales et non verbales lors de la rencontre avec une œuvre

EXPÉRIMENTER, PRODUIRE, CRÉER

Les élèves ont travaillé sur la notion d’autobiographie mais également celles de mémoire et de souvenir.

L’atelier, en présence de l’artiste, a été l’occasion d’expérimenter la représentation sur des supports peu habituels pour les élèves.

>> Comment représenter son autoportrait au pastel à l’huile et feutre sur de la moustiquaire ? Quels impacts sur la perception ?
>> Comment l’image peut-elle se construire sur une trame faite, naturellement, de vide et de plein ?
>> Comment l’image peut-elle se reconstituer dans l’œil du spectateur malgré les vides et la souplesse de la matière ?
>> En quoi ce choix de matière induit, d’emblée, un rapport à la mémoire faite d’effacement et de déformation ?

Le choix de la matière-support et de la technique nécessite une adaptation des gestes : empâtement, superposition, répétition ....
Si l’image produite est liée au présent des élèves, les effets de matière brouillent la perception de leur autoportrait.

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Dans un second temps, la réalisation d’une seconde image associée à un souvenir lointain a été produite sur un miroir. Le choix du noir et blanc participe à l’idée du passé.

Dans la demande, il était attendu une réserve pour permettre de refléter le visage du spectateur qui, s’associerait au souvenir de son auteur.

C’est dans l’association des deux images que s’inscrit la notion de mémoire composée d’une succession de souvenirs plus ou moins éloignés, plus ou moins précis, de bribes.

Chaque élève a présenté son travail à l’ensemble du groupe en revenant sur le souvenir choisi et son lien avec l’autoportrait.

Cette réalisation est en lien avec la thématique transdisciplinaire : Autoportrait / Autobiographie étudiée en arts plastiques et en français.

DONNER à voir des projets artistiques - ORGANISER un vernissage

Le soir, un vernissage a été organisé pour présenter le travail mené et valoriser l’implication de chacun. Toutes les classes de établissement visiteront cette exposition qui articule le travail de l’artiste et l’écho réalisé par les élèves dans le cadre de l’atelier.



Les élèves du club média de l’établissement ont filmé les étapes de ce projet et réalisé un interview qui sera monté et diffusé sur le journal du collège
Auteur : Alexandra PLANQUAIS